Petits ponts entre amis


Courses croisées, destins parallèles… Ce dimanche 15 avril 2018, le Phénix a disputé une nouvelle rencontre sur le stade de Jussieu à Versailles, qui l’avait déjà accueilli à deux reprises. Mais ce match avait une saveur particulière, la formation adverse étant composée de réfugiés de la Porte de la Chapelle (en jaune sur les photos). Fondée il y a quelques semaines par une jeune professeure d’anglais, Chloé Cassabois, l’«Equipe sans frontières Paris», regroupe Soudanais, Érythréens et Afghans de 18-35 ans, soutenus par le BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) et le MFC 1871 (football club de Ménilmontant dans le XXe). Si elle rencontre des difficultés pour s’entraîner – trouver des terrains, voire des demi-terrains, à Paris, c’est compliqué – ses dirigeants et ses joueurs se disent prêts à surmonter tous les obstacles pour continuer à exister.

Une détermination enviable très vite à l’œuvre contre le Phénix, puisque les joueurs de Paris, après une entame difficile qui les a vu perdre la première période par 3-1, ont su réagir grâce à un caractère bien trempé, doublé de qualités physique et techniques indéniables. Pour leur part, les coaches du Phénix ont pu bénéficier de 21 garçons et ont composé deux équipes qui se sont relayées face à l’ESFP pendant quatre périodes. Ce match très sérieux et disputé s’est achevé sur le score de 9-5 pour les visiteurs. Pour le Phénix, les buteurs ont pour nom Alghassimou (deux frappes limpides), Zaïnoul (deux fois lui aussi après une série de dribbles véloces), et un «contre leur camp» de l’ESFP, marqué sous la pression du puissant Hassan.

Les bonnes fées de VSV
Tout ce petit monde s’est retrouvé à l’issue du match pour un goûteux goûter préparé par ces dames de « Voisins Solidaires de Versailles » (VSV), la nouvelle association créée à partir du collectif éponyme. Quelles en soient remerciées, ainsi que le FC Jussieu et son président Adnane Karimi, pour avoir mis le stade à notre disposition. Les joueurs des deux équipes, dont certains se connaissaient, sont ensuite repartis dans le même bus en direction du centre-ville et de ses gares. Le chauffeur aurait entendu, parait-il, fuser quelques chambrages persifleurs…

Le Parisien et BFM à la relance
Ce dimanche fut aussi médiatiquement important pour le Phenix car deux médias nationaux se sont intéressés de près à la rencontre. Le matin, Le Parisien publiait dans son édition nationale un assez long papier sur l’histoire des deux équipes. L’article, écrit par Laurent Mauron après une visite à l’entraînement, est mis en ligne sur le site du journal et lisible ici : http://www.leparisien.fr/yvelines-78/versailles-paris-du-cauchemar-au-reve-grace-au-foot-14-04-2018-7663899.php#xtor=RSS-1481423633

Dimanche, c’est aussi BFMTV Paris qui est venue assister au match et interviewer dirigeants et joueurs pour un sujet diffusé sur les écrans de la chaîne toute info dès le lundi matin. Deux couvertures qui témoignent de l’intérêt grandissant suscité par nos initiatives et la présence de nos amis. 


A noter que, sur le terrain, les débats de la première mi-temps furent dirigés par un arbitre officiant d’ordinaire en FFF. « Monsieur Gérard » avait lu le matin même l’article du Parisien et, de sa propre initiative, est venu nous rejoindre au stade pour offrir ses services. Mais pour des raisons familiales, il n’a malheureusement pas pu rester jusqu’à la fin. Merci à lui.

Retour sur PSG-OM : 40 hommes dans la tourmente
Le match contre La Chapelle constituait la première sortie collective du Phénix depuis la mémorable virée au Parc des Prince du 28 février dernier. Ce soir-là, la Fondation du PSG mettait à disposition 40 (!) places pour nos joueurs afin d’assister à un PSG-OM comptant pour les quarts de finale de la Coupe de France. Un geste royal qui a donné lieu à une formidable équipée en direction de la porte d’Auteuil. Défiant les attaques d’un froid aussi offensif que la ligne d’avants du PSG, les garçons ont tous répondu présents dans une euphorie amplifiée par l’ambiance débridée du Parc. Si beaucoup pénétraient pour la première fois dans une enceinte de cette taille (on se souviendra longtemps du «ça fait beaucoup de monde !» de Milad), tous ont été estomaqués par la furia incessante des supporters et l’énergie déployée dans les tribunes. Et combien furent sidérés mais rendus hilares par les chants…traditionnels, dirons-nous, assénés par les fans du PSG à l’adresse de leurs homologues marseillais. Ainsi on peut hurler des insanités à l’échelle de tout un stade et en rire après ? Une fameuse découverte, qui a sans doute enrichi leur vocabulaire de français…


Malgré une certaine apathie des joueurs de l’OM, le match alerte du PSG et les trois buts inscrits par Di Maria (2) et Cavani ont parachevé cette soirée qui restera – vraiment – dans les mémoires.
Parmi nos amis, nous retrouvions ce soir-là Ali M, dubliné, expulsé contre son gré en Italie et de retour après une échappée belle et des jours d’insondable précarité sous les ponts de Vintimille. Un parcours incroyable, parmi d’autres. Ali a trouvé dans un premier temps une place dans le centre de la Chapelle, avant d’être transféré à Angers. Une pensée aussi pour notre gardien de but Farhad, présent dans les travées du Parc, et depuis reparti à Kaboul, après un récit de vie refusé par l’OFPRA puis la CNDA. Le ballon, parfois, ne tourne pas dans le bon sens pour tous. 

Ali S. : “Xavi, mon modèle”.

Ali (à gauche), à l’entrainement avec le Phénix

Cette interview d’Ali S. inaugure notre collection de témoignages qui s’enrichira au fil des semaines.


A droite, avec son cousin Annour

“Des sacs, des cailloux, des habits… Quand j’étais enfant nous fabriquions mes amis et moi des poteaux avec ce qui nous tombait sous la main. On jouait dans une ruelle, à côté de la grande route qui traverse le Troisième arrondissement, ce quartier de Bangui, la capitale de Centrafrique, où j’ai grandi.


Le quartier du 3ème arrondissement

En primaire, nous allions à l’école de 6h à 12h ; l’après-midi nous avions donc tout le temps de penser au football. Un jour, quand j’étais adolescent, un des entraîneurs du FC Koudoukou est venu nous voir jouer.

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Deux vues de Bangui

Il m’a repéré et proposé de venir m’inscrire au club. Mais la saison était déjà commencée depuis longtemps, je ne pouvais pas intégrer l’équipe 1. L’année suivante, j’ai fait partie du groupe des 23 joueurs, mais j’ai surtout joué des matches amicaux. Pour le championnat, j’étais souvent sur le banc. Le poste que je préfère, c’est n° 6, milieu axial et récupérateur. Mais en 2013, j’ai dû fuir mon pays à cause de la guerre entre les milices de la Seleka (musulmans) et celles des anti-balaka (chrétiens). J’étais alors en danger de mort. Jusqu’au printemps 2017 et le moment où j’ai rejoué avec le Phénix de Versailles, je n’ai plus touché un ballon. Pendant cette longue période, je pense avoir perdu un peu de ma technique et de ma condition physique. J’ai commencé à retrouver mes sensations avec le Phénix.


En action sous le maillot du Phénix, contre le FC Coignères

En Centrafrique, il y a un joueur que je préfère, c’est Moussa Limane, que l’on surnomme “Hélico”. Je le connais personnellement, c’était un voisin de mon quartier. Il joue maintenant en équipe nationale et évolue à l’étranger, au Kaspyi FC, en 2e division du championnat du Kazakhstan. En juillet 2017, il a même été élu meilleur joueur de la saison. Il a dédié son trophée à la Centrafrique (1).


Moussa “Hélico” Limane

Mon équipe préférée, c’est le FC Barcelone.

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Au niveau international, le joueur qui m’a beaucoup impressionné, c’est Thierry Henry. Je voyais tous ces buts à la télé lorsque j’étais plus jeune. Je me souviens particulièrement de celui qu’il a inscrit en Coupe du monde contre le Brésil, en 2006, sur un coup-franc de Zinedine Zidane.

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Résultat de recherche d'images pour "thierry henry bresil 2006"Le but de Thierry Henry contre le Brésil en 2006

J’aime aussi beaucoup Xavi Hernandez, l’ancien capitaine de Barcelone. Quelqu’un qui joue d’abord pour l’équipe, et fait beaucoup de bonnes passes. Un joueur modèle, pour moi.


Xavi Hernandez, capitaine mythique du FC Barcelone

J’ai été transféré à Riec-sur-Belon en janvier dernier, je joue maintenant dans le club local, où j’ai une licence.

(1) «C’est avec grand honneur que je partage ce trophée de meilleur joueur du championnat avec toute la nation centrafricaine, sans distinction. Que tu sois chrétien ou musulman, on n’a qu’un seul pays. Laissons la haine, cultivons la paix pour que notre pays aille de l’avant» Moussa ‘Hélico’ Limane, 2017