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Dorette Elangué avec ses amies.

C’était un temps où l’on pouvait se rassembler pour échanger (des passes), partager (des une-deux, des tactiques communes) et se retrouver (en bonne position de marquer). C’était le 7 mars 2020, un jour où l’on pouvait encore être ensemble, une semaine et demie avant le confinement du Covid-19. Ce samedi-là, le Phénix était l’invité d’un tournoi de football féminin, organisé à Louveciennes “contre les inégalités et la discrimination”, dans le cadre de la Journée internationale des femmes. L’adresse du terrain était en elle-même une invitation (une incitation !) à jouer au football : “Stade du Cœur Volant, allée de la Tour du Jongleur”. Réunissant notamment une sélection des Yvelines et des équipes de Cergy ou de Beynes, le tournoi était doté d’une forte identité africaine, car placé sous l’égide de l’Association Des Anciennes Lionnes Indomptables du Cameroun. L’ADALIC a été créée en 2018 après le jubilé de sa fondatrice, Dorette Elangué, ancienne internationale et professionnelle de Marseille, Paris Saint-Germain et Montigny-le-Bretonneux. “Avec l’ADALIC, j’ai voulu créer une plateforme d’échange d’informations, afin d’accompagner les jeunes joueuses et les sœurs venues en Europe, raconte-t-elle. Nous leur donnons des conseils et les orientons vers les bons clubs”, poursuit celle qui a aussi entrainé Poissy. L’ADALIC est liée à l’Association des Footballeuses Camerounaises de la Diaspora, qui présentait aussi une équipe à Louveciennes.

Échauffement sous les arcades

Pas de tournoi féminin, bien sûr, pour le Phénix. “J’avais entendu parler de votre équipe, je voulais vous rencontrer et vous faire participer à notre fête d’une façon ou d’une autre“, précise Dorette.  Nos joueurs versaillais (et de la région parisienne, pour certains) ont donc disputé un “match de gala” contre une sélection d’anciens internationaux du Cameroun, qui se sont déplacés pour l’occasion. Parmi ces ex-Lions, on notait la présence d’Emmanuel Mabotang, qui a disputé les Coupes du monde 1990 et 1994 et joué en club au Portugal; Constantin Etot (ancien joueur d’Istres, Aubervilliers, Besançon, Espagne, deux sélections) et Paul Bebey Kingé (6 sélections et ancien professionnel en Tunisie).

Les anciens Lions Indomptables, avec quelques recrues versaillaises, prêts à sortir les griffes
Un entraînement de pros…
… pendant que le Phénix prend la pose 🙂

Une opposition de haut niveau que le Phénix a contribué à… renforcer puisque l’effectif des Lions, en provenance de Paris, n’étant pas au complet, certains de joueurs ont changé de vestiaire et revêtu le maillot jaune de l’équipe des pros. Nos footballeurs avaient de toute façon répondu nombreux à l’invitation puisque 23 joueurs s’étaient déplacés, de quoi, comme lors du précédent match à Bobigny, former deux équipes !

Un match enlevé et indécis jusqu’au bout.

Grâce à ce mélange de générations et ce panachage d’expérience et de fougue, les jaunes firent jeu égal avec l’équipe des réfugiés de Versailles, qui continuent à trouver leurs marques dans les oppositions à 11. Un match enlevé et dynamique qui se solda par un match nul 2-2, avec deux buts du milieu de terrain Bakary (dont un penalty suite à une belle envolée d’Alghassimou irrégulièrement stoppée par le gardien adverse). Par esprit de jeu et pour prolonger le plaisir, il fut décidé qu’une séance de tir au but départagerait les deux formations. Les Lions indomptables s’y révélèrent… redoutables, et les lionceaux du Phénix… un peu tendres.

Le gardien est bien parti, le ballon beaucoup moins… 🙂

Qu’importe, cet après-midi à l’ombre des arcades de l’aqueduc de Louveciennes fut vécu comme un moment d’accalmie et de fraternité avant l’orage qui s’annonçait et allait tous nous tenir éloignés les uns des autres. Un merci long comme le palmarès de Roger Milla à Dorette Elangué et à ses ami(e)s pour la générosité de leur accueil et leur bonne humeur communicative. A noter que le Phénix retrouvait pour l’après-midi, Adel, un des ses plus anciens joueurs, résidant aujourd’hui à Marseille.

Adel… de Marseille, la mémoire vive du Phéinx

Aux dernières nouvelles, tous les joueurs du Phénix se portent bien.
Mais ils  trépignent d’impatience à l’idée de retrouver le bruit mat du ballon qui rebondit sur la barre, la poussière des terrains stabilisés sur les tibias et les tirages de maillots pendant les corners. Puisse la pandémie ne pas jouer les prolongations…

Au bout du suspense à Montbauron

Lorsque fut sifflée la fin du match, les spectateurs de Montbauron n’eurent d’yeux que pour son maillot orange fluo. Laissé seul par ses coéquipiers au milieu du terrain, effondré comme après un plongeon dont il ne pouvait plus se relever, Nicolas Caraux, le goal de Versailles, portait sur ses épaules tous les malheurs du monde. Dans ces quelques instants d’hébétude, il semblait déjà revivre cette scène qui allait le hanter pendant les heures à venir. Alors que son équipe était menée 2 à 1, le gardien de but avait eu l’occasion d’égaliser à la dernière minute, en montant sur l’ultime corner jusqu’à la surface de réparation adverse. Mais sa reprise fut contrée, il reçut un coup dans les tibias et réclama à grands cris un penalty, en vain. Celui qui aurait pu être le héros miraculeux de ce 4 janvier 2020 semblait maintenant prêt à disparaitre sous terre. Dénouement tragi-comique pour ces dernières minutes un peu folles de cette rencontre des 32e de finale de Coupe de France opposant les bleus versaillais aux blancs de l’US Granville. Un match qui restera gravé dans les mémoires des joueurs du Phénix, venus autant supporter l’équipe de leur ville d’accueil que découvrir les qualités techniques de footballeurs de très bon niveau.

Bénéficiant de 25 places offertes par la mairie et la direction des sports (merci !), la plupart des garçons découvraient pour l’occasion, avec étonnement, le terrain de Montbauron. Un stade situé en centre-ville, sur les hauteurs d’une butte mais soustrait aux regards : une des particularités de la cité royale. Une température plutôt clémente, une tribune centrale pleine, une ambiance à la fois familiale et débridée, mais jamais agressive pour l’adversaire malgré l’enjeu, les conditions se sont avérées idéales pour les membres du Phénix. Entre le club local de National 3 (premier de sa poule) et des adversaires bien placés en National 2, le match tint agréablement ses promesses. Alerte, tendu, il ménagea plusieurs coups de théâtre, comme les buts inscrits par les visiteurs (une contre-attaque fulgurante et un défenseur yvelinois qui se « troue » sur une attaque anodine). Versailles, qui eût la maîtrise du jeu mais a buté sur une défense intraitable, sort avec les honneurs.

Notons que le groupe du Phénix comptait dans ses rangs deux dissidents en la personne de Sadik, ancien des Mortemets transféré à Gaillon dans l’Eure, et ne cachant pas, clin d’œil et sourire à l’appui, une légère préférence… pour les Normands, et Capucine, une de nos chères accompagnatrices, dont la famille est justement originaire de cette petite ville située dans la baie du Mont St-Michel. Qu’importe, le Phénix accueille tout le monde ! Débutée avec un entrainement sur le terrain de Jussieu, la journée fut joyeuse et festive, malgré l’élimination du FCV. Une défaite d’autant plus piquante que le tirage au sort du tour suivant désigna l’Olympique de Marseille comme opposant à Granville. Versailles-OM, cela aurait eu de l’allure… et auguré d’un sacré moment pour les joueurs du Phénix. «Pas grave, une prochaine fois» – une expression que l’on entend, assez régulièrement, chez les demandeurs d’asile.


L’été en pente douce

Pas de vacances pour les joueurs du Phénix, très sollicités depuis le début de l’été. Dimanche 1er juillet, ils ont organisé un tournoi sur le terrain versaillais de Sans-Souci. L’équipe d’Achères et deux team de la Chapelle étaient également invitées. Constituée depuis quelques semaines par les résidents du Prahda local, Achères compte parmi ses membres des réfugiés qui ont logé en 2017 aux Mortemets, avant d’être transférés… et de revenir chaque samedi matin à Versailles s’entrainer avec leurs amis. Ce qui ne les empêche pas de suivre les deux séances hebdomadaires organisées par des bénévoles près de leur centre d’accueil. Le tournoi constituait leur première sortie officielle. Les footballeurs de la Chapelle sont eux aussi de «vieilles» connaissances pour le Phénix, qui les a rencontrées au stade de Jussieu en avril dernier. Le groupe parisien, formé de réfugiés logés dans plusieurs centres de la capitale et de ses alentours, s’est depuis étoffé. Vingt-deux de ses joueurs s’étaient déplacés jusqu’à Versailles.

Quatre équipes, six matches, l’après-midi fut chargé, mais l’ambiance demeura estivale et décontractée. Une coupe était prévue pour les vainqueurs de ce mini-championnat, mais au final ne fut pas distribuée : le Phénix et l’équipe 1 de la Chapelle réussirent l’exploit de terminer en tête avec le même nombre de points et le même nombre de buts, après s’être neutralisés en ouverture (2-2). Une «finale» est vivement attendue d’ici la fin de l’été pour départager les deux team.


Quatre jours plus tard, le Phénix était l’invité de l’École allemande internationale de Saint-Cloud. Une connexion permise depuis quelques mois par Elisabeth Hoberg-Dufaut, membre des Voisins Solidaires de Versailles et ancienne professeure d’allemand. C’est notamment par son entremise qu’Eckhard Aits, professeur de sports, vient régulièrement s’entrainer en compagnie de quelques-uns de ses élèves le samedi matin à Versailles avec le Phénix. La rencontre s’est déroulée sur un terrain en herbe (celui du Parc de Montretout), une première pour nos joueurs.  Une vingtaine d’étudiants, filles et garçons,  se sont relayés dans une ambiance détendue qui fleurait bon, en cet avant-dernier jour de cours, les vacances approchantes. «Nous avons été impressionnés par la cordialité et l’ouverture des jeunes hommes», disaient-ils après la rencontre, propos relayés sur la page Facebook de l’école.


Un après-match qui restera lui aussi marquant pour les footballeurs du Phénix : ceux-ci ont eu l’heureuse surprise de se voir offrir des équipements sportifs. Un bon esprit qui va se perpétuer à la rentrée avec des projets collaboratifs, notamment horticoles, déjà ébauchés. Comme quoi un terrain de foot est aussi un jardin idéal pour semer les graines du savoir et de la solidarité.

 

 

 

Petits ponts entre amis


Courses croisées, destins parallèles… Ce dimanche 15 avril 2018, le Phénix a disputé une nouvelle rencontre sur le stade de Jussieu à Versailles, qui l’avait déjà accueilli à deux reprises. Mais ce match avait une saveur particulière, la formation adverse étant composée de réfugiés de la Porte de la Chapelle (en jaune sur les photos). Fondée il y a quelques semaines par une jeune professeure d’anglais, Chloé Cassabois, l’«Equipe sans frontières Paris», regroupe Soudanais, Érythréens et Afghans de 18-35 ans, soutenus par le BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) et le MFC 1871 (football club de Ménilmontant dans le XXe). Si elle rencontre des difficultés pour s’entraîner – trouver des terrains, voire des demi-terrains, à Paris, c’est compliqué – ses dirigeants et ses joueurs se disent prêts à surmonter tous les obstacles pour continuer à exister.

Une détermination enviable très vite à l’œuvre contre le Phénix, puisque les joueurs de Paris, après une entame difficile qui les a vu perdre la première période par 3-1, ont su réagir grâce à un caractère bien trempé, doublé de qualités physique et techniques indéniables. Pour leur part, les coaches du Phénix ont pu bénéficier de 21 garçons et ont composé deux équipes qui se sont relayées face à l’ESFP pendant quatre périodes. Ce match très sérieux et disputé s’est achevé sur le score de 9-5 pour les visiteurs. Pour le Phénix, les buteurs ont pour nom Alghassimou (deux frappes limpides), Zaïnoul (deux fois lui aussi après une série de dribbles véloces), et un «contre leur camp» de l’ESFP, marqué sous la pression du puissant Hassan.

Les bonnes fées de VSV
Tout ce petit monde s’est retrouvé à l’issue du match pour un goûteux goûter préparé par ces dames de « Voisins Solidaires de Versailles » (VSV), la nouvelle association créée à partir du collectif éponyme. Quelles en soient remerciées, ainsi que le FC Jussieu et son président Adnane Karimi, pour avoir mis le stade à notre disposition. Les joueurs des deux équipes, dont certains se connaissaient, sont ensuite repartis dans le même bus en direction du centre-ville et de ses gares. Le chauffeur aurait entendu, parait-il, fuser quelques chambrages persifleurs…

Le Parisien et BFM à la relance
Ce dimanche fut aussi médiatiquement important pour le Phenix car deux médias nationaux se sont intéressés de près à la rencontre. Le matin, Le Parisien publiait dans son édition nationale un assez long papier sur l’histoire des deux équipes. L’article, écrit par Laurent Mauron après une visite à l’entraînement, est mis en ligne sur le site du journal et lisible ici : http://www.leparisien.fr/yvelines-78/versailles-paris-du-cauchemar-au-reve-grace-au-foot-14-04-2018-7663899.php#xtor=RSS-1481423633

Dimanche, c’est aussi BFMTV Paris qui est venue assister au match et interviewer dirigeants et joueurs pour un sujet diffusé sur les écrans de la chaîne toute info dès le lundi matin. Deux couvertures qui témoignent de l’intérêt grandissant suscité par nos initiatives et la présence de nos amis. 


A noter que, sur le terrain, les débats de la première mi-temps furent dirigés par un arbitre officiant d’ordinaire en FFF. « Monsieur Gérard » avait lu le matin même l’article du Parisien et, de sa propre initiative, est venu nous rejoindre au stade pour offrir ses services. Mais pour des raisons familiales, il n’a malheureusement pas pu rester jusqu’à la fin. Merci à lui.

Retour sur PSG-OM : 40 hommes dans la tourmente
Le match contre La Chapelle constituait la première sortie collective du Phénix depuis la mémorable virée au Parc des Prince du 28 février dernier. Ce soir-là, la Fondation du PSG mettait à disposition 40 (!) places pour nos joueurs afin d’assister à un PSG-OM comptant pour les quarts de finale de la Coupe de France. Un geste royal qui a donné lieu à une formidable équipée en direction de la porte d’Auteuil. Défiant les attaques d’un froid aussi offensif que la ligne d’avants du PSG, les garçons ont tous répondu présents dans une euphorie amplifiée par l’ambiance débridée du Parc. Si beaucoup pénétraient pour la première fois dans une enceinte de cette taille (on se souviendra longtemps du «ça fait beaucoup de monde !» de Milad), tous ont été estomaqués par la furia incessante des supporters et l’énergie déployée dans les tribunes. Et combien furent sidérés mais rendus hilares par les chants…traditionnels, dirons-nous, assénés par les fans du PSG à l’adresse de leurs homologues marseillais. Ainsi on peut hurler des insanités à l’échelle de tout un stade et en rire après ? Une fameuse découverte, qui a sans doute enrichi leur vocabulaire de français…


Malgré une certaine apathie des joueurs de l’OM, le match alerte du PSG et les trois buts inscrits par Di Maria (2) et Cavani ont parachevé cette soirée qui restera – vraiment – dans les mémoires.
Parmi nos amis, nous retrouvions ce soir-là Ali M, dubliné, expulsé contre son gré en Italie et de retour après une échappée belle et des jours d’insondable précarité sous les ponts de Vintimille. Un parcours incroyable, parmi d’autres. Ali a trouvé dans un premier temps une place dans le centre de la Chapelle, avant d’être transféré à Angers. Une pensée aussi pour notre gardien de but Farhad, présent dans les travées du Parc, et depuis reparti à Kaboul, après un récit de vie refusé par l’OFPRA puis la CNDA. Le ballon, parfois, ne tourne pas dans le bon sens pour tous.